La voiture électrique pour briser le cycle infernal du pétrole

9 février 2015

 

À un dollar le litre d’essence, soit près de 30% moins cher qu’en octobre 2014, on pourrait être tenté de tirer la conclusion que l’avenir de la voiture toute-électrique est menacé. Il va de soi que le consommateur économise sur son budget annuel d’essence et cela peut être une bonne nouvelle à court terme du simple point de vue des finances du consommateur. Pour un automobiliste qui roule 20 000 km par année, cela représente une économie d’environ 600$, ce qui n’est pas rien. Mais un automobiliste qui roule un véhicule tout-électrique économise annuellement environ 1 400$ si le litre demeure à un dollar, et 2 000$ si le litre revient au prix du mois d’octobre dernier. C’est encore mieux.

 

Le problème avec le pétrole, c’est que nous sommes toujours perdants. Lorsque le prix de l’essence descend, effectivement, cela est bon pour le consommateur, les compagnies de transport et les exportations; mais le dollar canadien descend aussi et cela est mauvais pour les importations, les taxes perçues sur l’essence et la péréquation du Québec. Dans tous les cas, la balance commerciale du Québec en prend pour son rhume. Bien que la valeur des importations de pétrole diminue, ce qui est une bonne chose en soit, la valeur des autres biens importés augmente, à cause de la baisse du dollar. Économiquement, au net, nous ne sommes pas gagnants. En bonus, il y a une pression pour consommer davantage d’essence en achetant de plus grosses cylindrées, aggravant ainsi encore plus tant le bilan environnemental que la balance commerciale. Bien sûr, on ne peut pas se réjouir lorsque le prix de l’essence augmente, mais lorsqu’il descend non plus. Tant que nous serons dépendants du pétrole, cela nous maintiendra dans ce cycle infernal, que le prix de l’essence soit haut ou bas. La voiture électrique est une façon de briser ce cycle.

 

L’autonomie limitée de la plupart des voitures électriques actuelles et leur temps de recharge sont des arguments qui font peur au consommateur non initié, et c’est compréhensible. Par contre, selon le groupe de travail de l’Université Laval sur l’électrification des transports (décembre 2014), la technologie d’aujourd’hui répond aux besoins de 80% des déplacements quotidiens en Amérique du Nord puisque ceux-ci sont inférieurs à 60 km. On sait déjà que dans deux ans de nouveaux modèles seront disponibles et offriront deux fois plus d’autonomie à un coût d’acquisition inférieur. Pour tous ces déplacements, la voiture électrique est plus pratique que la voiture à essence en ce sens qu’il n’est plus nécessaire de se déplacer pour faire le plein puisque les charges se font à la maison ou au travail.

 

Pour satisfaire à tous les déplacements, effectivement une amélioration des infrastructures actuelles de recharge sera nécessaire. La bonne nouvelle souvent ignorée, c’est que le réseau de distribution s’élargit plus rapidement qu’on ne le pense et il se développera davantage à mesure que l’industrie croîtra. On ne pourra pas briser le cycle du pétrole et réduire considérablement les gaz à effet de serre, sans avoir à investir dans des infrastructures; ce serait rêver en couleur.

 

Toujours selon la même étude, une flotte de 300 000 voitures électriques, soit l’objectif du Plan d’action 2011-2020 du gouvernement, représenterait une augmentation de moins de 0,5% de l’énergie électrique actuellement consommée par le Québec.

 

Certaines personnes prétendent qu’il n’est pas dans l’intérêt des finances de l’État d’avoir plus de voitures électriques au Québec puisque le gouvernement provincial perdrait trop de taxes sur le litre d’essence non vendu. Or, selon la Coalition Zéro Émission Québec (czeq.org), le passage à la voiture électrique peut être à coût nul pour l’État. En effet, les économies annuelles de carburant du consommateur (entre 1 400$ et 2 000$) sont en grande partie réinvesties dans l’économie locale et procurent 15% de recettes fiscales. Combinées à la taxe de vente sur le prix plus élevé des véhicules électriques et à la consommation d’électricité, ces trois sources de revenus compensent le manque à gagner des taxes sur le carburant. Qui plus est, chaque litre d’essence consommé au Québec a un impact négatif direct sur notre balance commerciale alors que l’énergie consommée par une voiture électrique augmente notre richesse collective. De plus, cette étude ne tient même pas compte des économies en soins de santé résultant de l’amélioration de la qualité de l’environnement et du coût de carbone calculé sur le cycle de vie complet de la voiture à essence.

 

Les incitatifs financiers provenant du Fonds vert, financés principalement par les taxes sur le carburant et par le nouveau marché du carbone Québec/Californie, sont importants tant pour encourager les consommateurs à acheter des voitures électriques que pour aider les fabricants dans leur R et D afin d’améliorer ces voitures électriques.

 

Cependant, pour avoir un réel impact sur l’électrification des transports, ces incitatifs financiers doivent être jumelés à une loi zéro émission obligeant les manufacturiers à offrir un pourcentage de leurs ventes en voitures électriques. Une telle loi existe déjà dans dix (10) états américains, dont la Californie, le Vermont et New York. La loi zéro émission est la principale pièce manquante du casse-tête actuel au Québec si nous souhaitons réellement briser ce cycle infernal qu’est notre dépendance au pétrole.

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